Sujet
 



On ne connaîtra jamais du passé de Saelion que ce que, de son vivant, il voulut bien en donner : c'est-à-dire peu de choses. Moi-même qui fut son ami et confident durant toutes ces longues années, j’en reste bien souvent contraint à d’incertaines hypothèses. Saelion ne livra jamais rien qui put lever le secret : ce que je sais de lui, je ne le découvris que par bribes, souvent à son insu, parfois tardivement. Ainsi j’ignore tout du nébuleux cheminement qui mena Saelion jusqu’à notre rencontre. Qu’importe, après tout, il ne m’appartient pas de lever le mystère dont il sut s’entourer. Les nombreux cahiers qu’il m’a laissés et dans lesquels il a consigné une partie de son histoire parleront peut-être pour lui plus tard, bien plus tard…*


Fils de Sagesse, à quoi rêves-tu ?

Edhellond, 3016 (3A)

L’elfe se tenait assis sur la rambarde, adossé à un pilier, pinçant les cordes de son luth dans une succession chaotique, cherchant peut-être un accord pour entamer une nouvelle sérénade. Les eaux calmes de Belegaer, la cité sommeillante d’Edhellond en arrière-fond, le léger vent qui agitait doucement les prés, les touches de couleur frissonnantes des fleurs parsemant le vert de l’herbe, les couleurs pastel enveloppant le paysage d’un écrin de quiétude…tout invitait à la mélancolie. La cité portuaire des Elfes vivotait, nimbée d’une aura qui lui donnait l’aspect d’une résurgence du passé. Un tableau ayant perdu l’éclat de ses jeunes années, qui pourtant gardait tout son attrait et renforçait l’impression de mystère : nombreux étaient les Humains de Dol Amroth et de la région à venir ici au moins une fois dans leur vie, comme en pèlerinage, restant subjugués par l’atmosphère indescriptible qui émanait du port : voir Edhellond, c’était contempler un reliquat d’une histoire tellement riche et ancienne que les livres peinaient à la restituer complètement. Se promener dans les rues d’Edhellond, c’était arpenter pour quelques heures les couloirs du passé. Contempler le port c’était tourner le dos à l’histoire en marche.



« - Qui est-ce ?
- Un elfe du nom de Saelion, Princesse. Il traîne souvent par ici, perdu dans ses songes. Quoiqu’il reste souvent loin également, errant nul ne sait où.
- Vous semblez bien le connaître…un de vos amis ?
- Oui…enfin je crois.
- Je veux lui parler ! »
La jeune femme n’attendit pas la réponse de son escorte et courut vers l’Elfe, s’arrêtant à quelques mètres de lui, l’observant attentivement. Il avait les traits fins, la peau particulièrement blanche et les cheveux longs de couleur noire teintée de fils argentés. Il devait être assez grand, pour autant qu’il était possible d’en juger de par sa position, et plus mince que la moyenne des Humains.
« Bonjour Saelion… »
L’Elfe pinça encore quelques cordes puis se tourna, relevant lentement la tête et détaillant celle qui l’avait si sommairement abordé. C’est à peine s’il remarqua le garde qui venait de se rapprocher en se plaçant derrière celle qu’il devait protéger : un rapide coup d’œil, une inclinaison légère de la tête en guise de salut et l’Elfe retourna à la contemplation de la jeune femme.
« - Saelion…
- Capitaine…
- Pas encore. Je te présente Wen Lothiriel.
- Enchanté, et charmé.
- Cesse de la dévisager ainsi Saelion.
- Je ne vous dévisage pas, damoiselle, je vous envisage.
- Saelion ! C’est la fille du Prince Imrahil !
- Elle n’en est pas moins exquise. »
Le garde maugréa, l’Elfe adressa un clin d’œil malicieux à Lothiriel qui avait suivi la conversation avec amusement, avant de sourire au jeu de mot et à présent de rire avec légèreté. Elle vint s’asseoir sur la rambarde, contemplant la mer à son tour.
« - On m’avait dit que les Elfes étaient des êtres graves et sérieux, perdus dans quelque mélancolie, rattachés au passé et disparaissant peu à peu.
- Navré de vous décevoir. Quoique si vous exceptez le trait d’esprit et le clin d’œil je correspond en tout point à l’image que vous avez des Elfes.
- Votre ami dit que vous traînez souvent ici, perdu dans vos songes…à quoi rêviez-vous à l’instant ? »
L’elfe tourna la tête pour laisser son regard contempler la mer. Un instant de silence passa que personne ne vint perturber. Une ombre glissa sur la surface de l’eau tandis qu’une mouette filait vers l’ouest, en direction d’un banc de poissons ou d’un bateau de pêche.
« Au dernier navire. »
La jeune femme observa à nouveau l’Elfe. Il scrutait toujours la mer, fixant un point lointain où il paraissait discerner quelque chose qui restait invisible aux yeux des deux Humains.




[HRP CREDITS
- musique : Josquin Des Prez - La Spagna, a 5 (instrumental)
- * extrait du texte d’introduction du tome 1 de la BD Algernon Woodcock
-  images : Rob Aaldjik, David Waytt]

Dernière modification par Saelion (2/09/2007 11:35)



Fils de Sagesse, à quoi rêves-tu ?

Minas Tirith, 3017 3A

Lothiriel avait pesté contre son départ, tenté de le convaincre pour finalement tourner les talons, furieuse. Elle n’avait laissé derrière elle que la lettre de cachet obtenue auprès de son père pour accéder à la bibliothèque royale et un des portraits que Saelion avait fait d’elle. Ne m’oublie pas au Pays Béni.





L’Elfe monta sur les remparts et s’approcha des créneaux, plongeant son regard sur les plaines qui s’étendaient au nord. Il distingua un cavalier qui galopait à brides abattues, jaugeant la vitesse du cheval en estimant qu’à ce rythme la pauvre monture ne tiendrait pas longtemps. Saelion crut reconnaître le vieillard qui avait quitté précipitamment la bibliothèque royale quelques heures plus tôt. Lui-même s’y était rendu pour tenter de dénicher un document levant le doute sur l’origine d'Edhellond. Tentative qui lui arrachait un sourire maintenant qu’il constatait son échec : si même les Elfes ne s’accordaient entre eux, comment les Humains auraient pu disposer d’un souvenir aussi précis ? Sindar de Brithombar et d’Eglarest, ou de Doriath ? La polémique continuerait sans doute à alimenter quelques conversations tardives aussi sûrement que le bois disparaîtrait dans la cheminée devant laquelle elles se tiendraient. Qui se souciait de cela, de toute façon…quelle utilité ? Après tant de temps passé à arpenter cette terre, il avait encore des lubies.

Saelion releva la tête. Le cavalier n’était plus qu’un minuscule point qui s’apprêtait à se fondre avec la ligne d’horizon. Il avait pris la même direction que l’Elfe prendrait bientôt. Qu’il aurait déjà dû prendre. Venir à Minas Tirith revenait à faire un détour conséquent, mais le Sinda n’envisageait pas de regagner les Havres sans faire le chemin inverse de celui qui l’avait mené à Edhellond près de 10 siècles plus tôt. Sans doute une autre de ces lubies qui venaient l’assaillir sans relâche depuis qu’il avait entendu l’appel de la mer.
Il plissa les yeux. Impossible d’ignorer les nuages qui s’amoncelaient à l’est…mais cela ne le concernait plus. En bien ou en mal, les Humains à présent régnaient sur les destinées de ce monde et de cet âge. Une patrouille passa sur le chemin de ronde. Comme tous les gardes qui l’avaient croisé, ceux-ci le regardèrent brièvement avec au mieux une interrogation au pire un soupçon. Sa taille et sa silhouette, bien que standard pour un Elfe, interpelaient…de même que son visage pour qui prenait la peine de se rapprocher. Mais la livrée de Dol Amroth, cygne blanc sur fond bleu, servait autant de garant que de protection. Les gardes, comme les précédents, retournèrent à leur ronde. Les hommes du Prince avaient conservé leur prestige.



Saelion délaissa le chemin de ronde et entreprit de parcourir la longue route qui l’amènerait jusqu’aux écuries situées près des portes. Tout au long de sa marche il s’imprégna des odeurs des produits frais disposés sur les étals, des bruissements de conversation où il était question du temps, des enfants, des affaires, d’amour, de réclamations, d’inquiétudes…toutes choses qui ne le concernait plus et qui pourtant lui arrachèrent un discret sourire : la vie, dans ce qu’elle avait de plus quotidien, disposait encore de beaux jours devant elle.
Arrivé à l’écurie sans même s’en rendre compte, il récupéra son cheval, remercia le palefrenier et repartit aussi simplement qu’il était venu. Saelion avait emmené peu d’affaires, mais chacune renvoyait au souvenir d’une personne qu’il avait croisée. A bonne distance de la ville il s’arrêta et enleva la livrée de Dol Amroth. C’était convenu ainsi : une dernière fois au service du Prince et, passées les murailles de Minas Tirith, l’engagement était dissout. A nouveau seul. Une larme éphémère se forma au coin de l’œil du cavalier lorsqu’il éperonna sa monture. Remonter vers le nord, bifurquer vers l’ouest puis…


[HRP - CREDITS
- musique : Yann Tiersen - Summer 78
- images : Joachim Barrum, site Tolkiendil]

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Fils de Sagesse, à quoi rêves-tu ?

Ost-in-Edhil, 3018 3A (août)

Saelion jeta un dernier coup d’œil par-dessus son épaule. Il ne restait rien. La nature avait depuis longtemps reprit possession des lieux, noyant les ruines qui avaient survécu à la fureur du Seigneur des Dons sous un tapis de végétation. Non pas qu’elle fut abondante en cette région, mais la guerre avait détruit la ville et le temps qui passe s’était chargé des vestiges. Il ne restait comme trace de cette époque que les artefacts sortis des forges du Gwaith-i-Mirdain, la mémoire des Elfes et quelques récits conservés dans de lointains lieux de savoir. Le souvenir…un peu plus au nord dormaient dans les collines les eaux de Merethlin, où la tradition et la légende racontaient que tous les ans des Elfes venaient se recueillir en souvenir des temps anciens. Saelion ne s’y était jamais rendu : les temps anciens étaient encore trop vivaces à son cœur pour qu’il puisse les conjurer par un symbole. Il ne pouvait accepter qu’une cérémonie vienne apposer le sceau du révolu sur des personnes et événements qui avaient fait partie de sa vie. Cela revenait à…s’effacer.
Le Sinda regarda devant lui et enjoignit à sa monture d’avancer au pas. Il avait fait un détour…encore. Il n’avait fait que cela depuis son départ d’Edhellond, cherchant par tous les moyens à ne pas revoir la mer. Lors de son passage sous la frondaison de la Lorien, il avait demandé à la Dame comment il pouvait être sûr que le temps était venu pour lui de partir à l’Ouest. Elle n’avait rien répondu de définitif, lui tendant simplement en murmurant quelques paroles un objet qu’il tenait à présent dans sa main. Un roseau blanc. En souvenir de Doriath.



Saelion tendit le bras, observant le roseau. Il n’avait rien de particulier. La Dame de Lorien le lui aurait-elle donné parce qu’elle savait qu’il porterait ses pas jusqu’aux abords de Nîn-in-Eilph ? Serait-ce seulement ça ? L’Elfe peinait à l’imaginer ainsi, et commençait à se demander s’il n’avait tout simplement pas saisi le message qu’avait voulu lui transmettre Galadriel. Il baissa le bras. Au loin il distingua à la place du roseau une silhouette qui dansait. Seule au milieu des ruines, d’autres ruines. Celles de Tharbad. Saelion se rendit compte qu’il était resté songeur un long moment tandis que sa placide monture suivait les contours du marais puis de la rivière pour arriver aux premiers faubourgs de la ville disparue. Perdue dans une région désertée, dansant sur les ruines, éloignée de plusieurs lieux de tout site d’habitation, la silhouette tenait plus de l’apparition que de la réalité. Une gestuelle désordonnée qui s’accomplissait en un élan gracieux et touchant, limpide, inspiré. Un pas de danse improvisé et virevoltant. L’Elfe s’approcha, fasciné.

La silhouette hésita, comme si elle arrivait au bout de son inspiration, reprit puis s’arrêta à nouveau, alternant ainsi mouvement et immobilité en un enchaînement décousu, comme si elle cherchait ses pas, les inventant au fur et à mesure. La grâce s’évapora, la silhouette s’effondra de tout son long, laissant échapper un objet de sa main droite. Saelion poussa sa monture au galop et combla l’espace qui le séparait de la danseuse en un souffle, sautant à bas de sa monture et s’agenouillant auprès de l’apparition. Ses yeux étaient clos mais sa poitrine se soulevait régulièrement. Une jeune humaine à la svelte silhouette et aux cheveux châtains mi-longs ébouriffés, marquée par une longue cicatrice qui descendait le long d’une de ses joues. Les vêtements fripés et poussiéreux ne laissaient deviner aucune tâche de sang et leur propriétaire ne paraissait pas blessée. Déjà elle rouvrait les yeux, se redressant à moitié, remarquant à peine l’Elfe dont la présence ne semblait pas la surprendre, tournant sa tête de droite et de gauche. Elle repéra enfin l’objet qu’elle cherchait, celui qu’elle avait laissé échapper dans sa chute et qui s’avérait être une bouteille. L’humaine la porta à sa bouche et fit la moue en constatant que plus une goutte ne coulait.
« - Aubergiste !
- Je crains qu’il soit un peu loin pour vous entendre hurler.
- Vous seriez pas son commis ?
- En aucune façon.
- Pfff…à quoi vous servez alors ?
- A rien.
»
La jeune femme sourit avec bienveillance, la réponse lui convenant. Elle se redressa, épousseta ses vêtements, récupéra une besace posée contre la base d’un pilier.
« Changez d’orientation. Faites-vous cuisinier ! Je vais me décrasser, préparez-moi quelque chose. Et trouvez-moi à boire ! »
Saelion haussa un sourcil tandis que l’humaine se dirigeait vers la rivière en sautillant et chantonnant.

« Pom popom popom popom popom popom

Tous les petits Goblins, dansent dans la forêt
Moi et mes compagnons allons les approcher
Ils sont vraiment mignons quand ils se font flécher
Nous les achèverons à coup d'épée rouillée

Pom popom popom popom popom popom

Quand tous les petits Orcs, dansent dans la forêt
Moi et mes compagnons préférons nous cacher
Ils ne sont pas mignons, ils sont bêtes à pleurer
Mais nous les évitons pour pas finir broyés

Pom popom popom popom popom popom

Quand tous les petits Trolls, dansent dans la forêt
Moi et mes compagnons préférons nous barrer
Ceux qui les trouvent mignons sont vraiment dérangés
Un jour ils finiront en compote de Pomme

Pom popom popom popom popom popom
* »




Saelion revint au campement improvisé où il avait laissé la jeune femme au matin, encore endormie, enveloppée dans la longue cape qu’il lui avait prêtée. Il s’arrêta net, la cherchant du regard. Disparue. Il lâcha le bois et courut vers la rivière. Elle n’y était pas non plus. Il remonta vers le gué, aperçut une silhouette le franchissant. Ce n’était pas elle. En plissant les yeux il distingua un homme de forte carrure et de taille moyenne dont le visage lui rappela quelqu’un qu’il avait croisé à Minas Tirith. Ce fait l’interpella : il y a longtemps que le Gondor ne se préoccupait plus des terres de l’ancien Royaume du Nord…qu’est-ce qu’un homme du Pays des Pierres pouvait bien venir chercher par ici ? Il n’avait même pas de monture, son voyage avait dû durer des mois…l’idée de la monture ramena l’Elfe à sa situation présente. Il rebroussa chemin jusqu’au campement : son cheval n’était plus là.

Saelion releva la tête, regardant vers le nord et fixant l’horizon. Il ne savait même pas comment elle s’appelait…


[HRP - CREDITS
- musique : Loreena McKennitt - The Mystic's Dream
- * chanson reprise de Reflets d’Acide]
- images : (inconnu, copié du site de la Compagnie du Roseau Blanc), Leonid Kozienko]

Dernière modification par Saelion (2/09/2007 11:34)


Fils de Sagesse, à quoi rêves-tu ?

Ost Guruth, 3018 3A (octobre)

Saelion observa à nouveau le roseau que lui avait donné la Dame de Lorien. Etait-ce cela que Galadriel avait entraperçu ? La Compagnie du Roseau Blanc…le Sinda n’en avait jamais entendu parler avant de croiser les rumeurs et les bruits qui couraient parmi les groupes d’elfes s’en allant vers l’ouest. Les brumes du passé couvaient la terre et en leur sein se nichaient des menaces qui n’auraient plus dû être. Si au sud il était encore des royaumes pour faire face aux dangers, au nord la défense relevait de la bonne volonté de chacun et de l’organisation de diverses milices et compagnies. Ost-in-Edhil, Fornost Erain, Amon Sûl, Annuminas, Tharbad…il n’y avait plus que des ruines pour veiller sur l’Eregion et le Royaume Perdu. Et quelques refuges elfes destinés à disparaître…
Saelion rangea soigneusement le cadeau de la Dame et s’allongea pour regarder les étoiles. Les Roseaux avaient lancé un appel à tous les peuples. Les groupes s’organisaient comme ils pouvaient, non sans quelques frictions. Car si tout le monde s’entend sur la nécessité de contrer un ennemi commun, chacun revendique des manières différentes et tous s’interrogent sur ce qui en résultera. Pertes et profits. L’appel avait stoppé le voyage du Sinda. Etait-il encore entrain de chercher une excuse pour retarder son départ ?
Il s’était arrangé pour croiser la route d’Eleane de Baranduin, capitaine de la Compagnie. Il l’avait observée quelques temps tandis qu’elle passait ses troupes en revue : un petit groupe rassemblé devant Ost Guruth qui s’apprêtait à partir au combat. Si jeune…mais les Humains ne l’étaient-ils pas tous ? Saelion fut surpris de trouver sous les ordres de la Dame de Baranduin deux Elfes…le Sinda avait finalement abordé le groupe.



« Savez-vous vous battre ? Répondrez-vous à notre appel ? »
Passé les présentations d’usage, la question avait laissé Saelion songeur. Il y avait bien longtemps qu’il n’avait pas tenu une épée…la sienne d’ailleurs était restée en Lorien. Ses derniers combats remontaient aux affrontements entre les hommes du Prince et les corsaires d’Umbar. Encore n’étaient-ce pas de véritables combats, tant il agissait généralement en solitaire et, lorsqu’il se trouvait au cœur de l’affrontement, ne faisait que raviver les cœurs et trembler les adversaires par des hymnes qui planaient sur le champ de bataille. Se battre ? En d’autres temps, oui, il avait su. Mais à présent…
« Sans doute…ou pas. Si nos chemins sont amenés à se joindre, ce n’est pas mon épée qui vous aidera »
Le Sinda avait pincé quelques cordes de son luth et l’espace d’un instant le lieu proche avait semblé exonéré de toute inquiétude tandis que ceux présents avaient senti leur cœur se gonfler de courage et de volonté. La capitaine avait acquiescé.
« Alors en route ! »




(A suivre…)


[HRP - CREDITS
- musique : Loreena McKennitt - The Mummers Dance
- images : SDAO]

Dernière modification par Saelion (2/09/2007 11:33)


Dans les marais aucun bruit ne venait mettre aux aguets les bêtes sauvages qui s’aventuraient à la lisière. La brume ne laissait aucun son ni aucun mouvement s’échapper. Mais si tout semblait paisible, il n’en était rien au cœur des ruines situées au sud…

La masse vint s’écraser en un craquement sinistre sur le bouclier, arrachant une grimace à son porteur. Le bras gauche d’Ethelhelm ne faiblit pas, tandis que son bras droit plongeait une épée dans le ventre du non-mort. D’un vif coup de pied qui envoya le cadavre rejoindre la flaque dans laquelle les combattants pataugeaient, l’homme libéra son épée et fit promptement face à un autre assaillant. Juste à côté, Elarian esquivait un nouveau coup d’une feinte sur le côté accompagné d’un mouvement qui fendit les côtes de son adversaire. Celui-ci rejoignit la fange à son tour d’un coup de coude violent à la tête. Un peu plus loin le héraut du capitaine tenait en respect un troisième adversaire. Mais déjà d’autres venaient…

Le groupe s’était enfoncé dans le marais d’Harloeg près de deux heures plus tôt. Depuis l’ombre ne les avait pas quittés et si la nuit devait depuis être tombée, les compagnons n’avaient pas fait la différence. Les insectes et parasites ne cessaient de les harceler tandis qu’ils s’enfonçaient plus avant, et une peur sourde s’était peu à peu emparée d’eux. Ils avaient fini par rejoindre les ruines où les attendait celui qu’ils étaient venus voir : rien qu’un fou vivant seul au milieu des pierres et parlant à des fantômes…

« Resserrez les rangs ! Tenez la ligne ! »
Eleane hurlait ses ordres et pourtant dans la brume envahissante sa voix semblait étouffée par quelque artifice, à peine audible dans le fracas des armes et presque aussitôt effacée par d’étranges pensées qui envahissaient l’esprit et hurlaient de fuir ou de mourir. Persuadé d’avoir été abandonné par des compagnons qu’il n’entendait plus et dont il discernait à peine les silhouettes, chacun se battait encore par réflexe mais se laissait gagner par le renoncement.
A Elbereth Gilthoniel
Silivren penna miriel
O menell aglar elenath !
Na-chaered palan-diriel
O galadhremmin ennorath,
Fanuilos, le linnathon
Nef aear, si nef aearon !

Le chant entonné par Mithrildin fendit la brume et l’éloigna, laissant la lumière des étoiles plonger sur le sol. Et les compagnons virent qu’ils étaient proches les uns des autres, que les non-morts étaient moins nombreux que ce que la brume laissait envisager et qu’ils avaient peut-être une chance. La voix du capitaine résonna à nouveau.
« Bloquez l’accès ! Ils ne pourront pas venir à plus de trois de front ! »

Le fou perché sur sa colline en ruine leur avait confirmé ce qu’ils avaient ressenti en s’enfonçant dans Harloeg : le marais était soumis à une corruption aussi nauséabonde que l’air. Et la putréfaction ne venait pas seulement des eaux stagnantes : il y avait au sein des ruines engoncées dans l’extrémité sud-est, au pied des montagnes, quelque chose de tapi. Quelque chose d’assez inquiétant pour tenir ce fou parlant aux fantômes à distance…c’était là qu’il leur avait conseillé de se rendre s’ils voulaient en apprendre plus. A présent ils savaient.

Quelques notes s’insinuèrent dans l’air, se regroupant avec subtilité pour former un air mélodieux. Les ennemis devinrent moins inquiétants aux yeux des combattants qui redoublèrent leurs attaques, moral revigoré par la musique qui leur promettait la victoire et ravivait leur courage. Saelion s’était posté sur un pan de mur, pinçant les cordes de son luth de façon tantôt à toucher le cœur de ses compagnons, tantôt à terrifier ses ennemis. Une crainte vint soudain étreindre l’elfe, et un sifflement suivi d’un râle précédèrent son mouvement de tête : le non-mort s’écroulait, une flèche fichée en travers de son cou. Sur le monticule en retrait, Fauve déjà reportait son attention sur les assaillants qui tentaient de forcer le passage. Il n’y en avait plus.


(A suivre...)


[HRP - CREDITS
- musique : Epica - The Last Crusade]

Dernière modification par Saelion (2/09/2007 11:33)



« Lîn bellas gala ! »
Les fantômes fendaient l’air en direction des ruines. Ils avaient été rappelés pour se racheter et fonçaient avec empressement vers la promesse de leur salut. Le mage brun avait crié au groupe de les suivre, mais la nature elle-même s’opposait à leur progression. Rouge l’eau stagnante dans laquelle les compagnons s’enlisaient. Rouges les feuilles des arbres qui s’animaient et barraient le passage de la compagnie. Rouge le ciel empli de colère d’où tombaient des gouttes couleur sang. Aussi corrompu soient-ils, les servants de la nature se tenaient curieusement à distance du mage brun…peut-être craignaient-ils ce vieillard qui parlait aux écureuils et s’extasiait devant quelques glands. L’avenir de la Terre du Milieu dépendait-il donc d’originaux ? Curieux âge des hommes à venir…





Elarian évita une branche qui s’abaissait pour le frapper, pliant genou à terre et portant une estocade qui entailla à peine l’écorce de l’arbre. Ethelhelm vint lui prêter main forte et les deux hommes parvinrent à tenir l’arbre en respect, le tailladant méthodiquement et finissant par percer ses défenses. Le huorn enragé devint fou, fouettant l’air de ses branches et tendant ses racines pour entraver ses adversaires, qui eurent bien du mal à éviter tant les unes que les autres. Ils finirent pourtant par venir à bout de l’arbre. Les fantômes ne s’étaient pas arrêtés, le mage brun à leur suite : déjà ils atteignaient l’entrée des ruines.





Les ruines réservèrent d’autres surprises : à peine franchi leur seuil que des êtres décharnés se jetèrent sur la communauté. Les fantômes cette fois s’arrêtèrent et attaquèrent les assaillants avec fureur, comme s’ils avaient d’anciens comptes à régler. Le mage brun s’était éloigné, disparaissant du champ de vision. Plusieurs non-morts vinrent à la rescousse. Eleane hurla des ordres, plaçant ses hommes dans l’étroit passage où la bataille promettait de faire rage. A une extrémité les fantômes tenaient les non-morts en respect dans un combat à armes égales qui promettaient de durer longtemps. A l’autre extrémité, qui donnait sur les ruines, la capitaine plaça Ethelhelm et Elarian qui encaissèrent la première vague sans broncher. Les cris, le craquement des boucliers, le crissement des épées, le feulement des non-morts…et par-dessus un nouveau chant entonné par Mithrildin qui sema le doute parmi les assaillants pourtant plus nombreux.





Le passage enfin se dégagea. La communauté laissa les fantômes à leur rédemption et avança vers les ruines où elle retrouva le mage brun ainsi qu’une petite communauté de défenseurs d’Ost Guruth dont l’encerclement venait d’être brisé. Il restait cependant une dernière chose à faire pour mettre le lieu en sûreté : faire reculer Ivar qui occupait encore le site au nord. Les compagnons s’avancèrent ainsi à la suite de Radagast à travers les eaux rouges dans lesquelles baignaient les ruines. A leur grande stupeur ce sont les eaux elles-mêmes qui se dressèrent, s’animant sous la forme de spectres liquides. Les cordes de l’arc de Fauve et du luth de Saelion entrèrent en action, et l’air s’emplit d’une musique lancinante et du sifflement des flèches. Les créatures aqueuses semblèrent se dissoudre, rejoignant l’eau croupie dont elles étaient issues. Ivar s’avança alors, menaçant d’un sort funeste ceux qui osaient l’affronter…mais il trouva sur sa route le mage brun, qui révéla l’étendue de ses pouvoirs. Nulle magie, mais bien la nature elle-même qui constituait sa force…il y eut un éclair lumineux et assourdissant. Ivar dut battre en retraite. La victoire était acquise…pour le moment.





Dans la tour où le mage brun avait élu domicile, la communauté se regroupa autour de Radagast. Les efforts avaient porté, mais étaient loin d’être achevés. Car plus au nord d’Agamaur s’étendait un lieu terrifiant entièrement tombé sous la coupe d’Ivar : Garth Agarwen…




[HRP - CREDITS
- musique : Apocalyptica - Path
- images : captures d'écran du jeu]

Dernière modification par Saelion (2/09/2007 11:33)



Fils de Sagesse, à quoi rêves-tu ?

Pont à Tréteaux, 3018

Le bruissement aquilin de la cascade lointaine s’insinuait avec douceur dans l’air frais et à peine agité de la nuit. Nul nuage, nulle ténèbre ne venait voiler les étoiles qui brillaient comme autant de joyaux scintillant d’une parure céleste. Seule la fumée des feux de Pont-à-Tréteaux s’immisçait par intermittence, troublant la voûte du ciel sans la menacer, s’excusant presque de l’importuner brièvement. Les notes d’un luth venaient danser sur la surface de l’eau, dont l’apparente quiétude ne laissait en rien deviner le puissant courant qui mouvait le fleuve.

Depuis que les orques et les gobelins avaient investi la région, les villageois ne descendaient plus jusqu’ici, surtout la nuit tombée. Il n’y avait qu’une silhouette, assise en tailleur sur un rocher, pinçant les cordes de son instrument. Un air mélancolique qui laissait pourtant sourdre de déroutantes notes plus claires et enjouées, livrant un thème indécis, comme si le compositeur hésitait encore sur quelle inspiration suivre. Des images et des souvenirs se succédaient dans l’esprit de Saelion, se suivant sans logique, se superposant parfois.





Un homme qui tendait son bras, découvrant une main coupée, et qui avait gagné par ce geste la fureur d’un roi, l’amour d’une elfe, le respect d’un peuple et la faveur des trouvères.
Il vit là scintiller comme en un miroir
La lumière tremblante des étoiles aux cieux
*.
Le visage chagriné et en colère d’une jeune fille qui tournait les talons, retournant au présent et laissant derrière elle la lancinante ballade qui dansait avec les brumes mélancoliques du passé.
Ne m’oublie pas au Pays Béni.
Le visage grave et insondable de la Dame qui l’avait longuement observé. Elle avait fini par esquisser un sourire où pointait une malice mêlée d’inquiétude, tendant une main qui tenait un simple roseau blanc.
En souvenir de Doriath.
Le même roseau qui s’effaçait pour révéler une silhouette dansant sur les ruines en une chorégraphie saccadée et improvisée avant de s’écrouler. Les cheveux ébouriffés d’une humaine encadrant un visage mutin.
Pfff…à quoi vous servez alors ?
Un autre visage de femme, celui d’une fermière devenue capitaine par la volonté d’un destin menaçant. Les yeux tournés vers les ruines de Fornost, les lèvres laissant échapper des paroles au ton frôlant la mélancolie elfique. Elle avait finalement détourné le regard et s’en était retournée aider les siens. Grande était sa responsabilité, frêles ses épaules…qui pouvait dire jusqu’où sa volonté la mènerait ? Si peu d’années suffisaient-elles à donner assez de sagesse pour éviter les écueils les plus grossiers de la lutte qu’elle s’apprêtait à mener ?





La musique cessa. L’elfe se releva, accrochant son luth dans le dos et jetant un regard vers les hauteurs qui le surplombaient. Le message de la Dame était limpide à présent, et cette constatation dessina un sourire fugace sur le visage de Saelion. Le temps pour lui n’était pas encore venu : il avait un roseau blanc à accompagner. Il remonta tranquillement la pente qui menait en plusieurs virages à Pont-à-Tréteaux. Là-haut, le service de poste attendait une missive de sa main qui partirait vers Bree.

Curieux âge des hommes à venir…


[HRP - CREDITS
- musique : Cathedral - Solitude
- images : Anke Eissmann, SDAO
- *tiré du Lai de Beren et Luthien.]

Dernière modification par Saelion (2/09/2007 11:32)



« - Dame Edheldereth, oserais-je vous demander de jouer pour moi ?
- Avec plaisir.
»
Ils s’étaient croisés par hasard à plusieurs reprises ces derniers temps. Une première fois au Col Rouge dans les Terres Solitaires où la dame était venu à la rescousse de Saelion qui s’était trop avancé. Une seconde fois à Dol Dinen où le sauvetage s’était cette fois opéré dans l’autre sens. La troisième fois ils s’étaient inopinément croisés dans un petit campement, tous deux autant surpris l’un que l’autre de se revoir. Surtout dans cet endroit reculé connu de bien peu. Elle s’était arrêtée là pour la nuit après avoir longtemps cherché avec des amis un ennemi qu’elle n’avait pas trouvé. Errant au gré de son inspiration, Saelion était arrivé au moment où elle jouait une douce mélodie. La discussion s’était engagée avec autant de surprise que de naturel. Comme s’ils se connaissaient de longue date et s’enquerraient du destin de chacun. Il l’avait complimentée sur sa beauté, son courage et sa robe. Elle avait joué pour lui. Il l’avait dessinée. Un visage déposé sur un parchemin. Puis chacun avait repris sa route.





« - Je vais retourner prévenir les Rôdeurs d’Esteldin qu’il y a là un attroupement plus conséquent qu’ils ne l’imaginent.
- Ouais, c’pas bon pour la sécurité des routes commerciales.
»
Fehl VivesLames soupesait d’un air satisfait les broches qu’il avait dérobées aux montagnards. L’homme n’était guère venu ici pour évaluer une menace, la juguler ou la diminuer : les affaires restaient les affaires, et c’est plus aux possessions des montagnards qu’il en voulait qu’aux montagnards eux-mêmes. Le Sinda quant à lui n’était pas venu ici dans un but précis, errant comme toujours selon son inspiration. Le nom de VivesLames ne lui était pas inconnu : il n’était pas sans connaître la franche opposition entre la Compagnie du Roseau Blanc et la Caravane des Vents. Certains propos avaient été tenus qu’il serait bien difficile d’oublier, et il s’en fallait de peu que les choses quittent le domaine des paroles pour s’ancrer dans les actes. Saelion évita de mentionner qu’il se trouvait dans la mouvance de la Compagnie : il ne se sentait pas concerné par les animosités respectives. Après avoir œuvré de concert, chacun pour ses raisons, l’Humain et l’Elfe s’étaient salués. Puis chacun avait repris sa route.





« - Ne sous-estimez pas l’appel de l’Ouest. Partir ainsi pour Mithlond était inconsidéré.
- Je suis revenu à présent.
»
Saelion ne put s’empêcher de faire la moue en jaugeant Mithrildin. Fallait-il avoir si peu de considération pour le lent mais irréversible déclin des Elfes pour partir ainsi sur un coup de tête et revenir de la même façon ? Le sire Aedhras avait eu raison de mettre des réserves lors du retour de cet Elfe au sein de la Compagnie : il n’y avait guère que de vertueuses paroles pour assurer qu’il n’y aurait pas un autre coup de tête à un moment plus critique. Saelion était le premier à apprécier l’insouciance et le vagabondage, qu’il pratiquait toujours après tant de temps. Il pliait souvent au gré du vent de son inspiration ou du destin…mais ne rompait pas au moment crucial. Mithrildin avait encore l’allant des Premier-Nés à l’aube de leur vie, et ne se cachait pas de ce que les Humains qualifieraient de prétention. Peut-être Saelion ne comprenait-il plus ce qui était simplement de l’enthousiasme. Les deux Elfes avaient discuté rapidement, l’un couvrant de sagesse l’autre qui n’en avait que faire. Puis chacun avait repris sa route.





« - Je vais reprendre ma route et mes rêveries sous les étoiles.
- L’est marrant l’jeunot. Ben moi j’vais m’reprendre une bière chez les Nains. Ou deux. Ou seize.
»
La dernière fois que Saelion avait croisé Daelagh, l’Humain ne paraissait pas être dans les bonnes grâces de la capitaine De Baranduin, qui l’avait rabroué et ignoré avant de partir pour Harloeg. Les choses semblaient s’être arrangées depuis, Daelagh ayant réintégré la Compagnie. Si l’humeur joviale et le parler direct du vieil homme n’étaient pas pour déplaire au Sinda, ses insinuations permanentes l’agaçaient. Certains sous-entendus reçurent donc pour toute réponse une pincée d’ironie. Il était fort amusant de voir que l’Humain arpentait les routes en compagnie de Mithrildin…à savoir qui déteignait sur l’autre. Selon toute évidence Eleane de Baranduin avait rassemblé une communauté des plus hétéroclites, et si la cohérence n’apparaissait pas de prime abord, du moins tous ces gens avaient du cœur à leur façon. Rien ne prédisposait ce curieux assemblage à se mettre en branle et agir efficacement de concert…pourtant la Dame de Lorien y avait vu un espoir pour le Nord. L’Humain et l’Elfe s’étaient envoyés encore quelques piques. Puis chacun avait repris sa route.




Curieux âge des hommes à venir…


[HRP - CREDITS
- musique : Ben Harper - Amen Omen
- images : SDAO]

Dernière modification par Saelion (2/09/2007 11:32)






Les feux crépitaient discrètement dans le campement. Des ombres dansantes allaient et venaient sur le sable blanc. Le ciel dégagé brillait d’innombrables étoiles et la lune couvait la région d’une lumière sereine et bienveillante. Saelion était allongé, les bras repliés et les mains derrière la tête. Il avait décidé d’arrêter de composer avec son luth : l’inspiration ne lui venait que pour des morceaux mélancoliques. Pour ce soir il préférait écouter l’air que lui jouait Edheldereth. Il avait à nouveau croisé l’Elfe dans un lieu improbable, campement sommaire de rôdeurs où elle était venue, envoyée par cet Aragorn. Le Sinda repensa à ce qu’il venait d’apprendre : que ce simple Humain s’était entiché de la fille d’Elrond…
En souvenir de Doriath.
La Dame savait sans doute cela…y avait-elle aussi fait allusion par cet énigmatique message ? Quel rapport avec le Roseau Blanc ? Le Roseau Blanc…Saelion repensa à la simple fermière devenue capitaine pour défendre ses terres et les siens.
Notre temps est venu, mais il reste de l’espoir pour les Humains. C’est ce que nous devons leur laisser avant de partir.
Etait-ce Edheldereth ou lui qui avait prononcé ces paroles un peu plus tôt ? Les deux peut-être, tant ils semblaient d’accord sur ce point. C’était ce qui la motivait à rester. Cela et aussi revoir une dernière fois les bois de Lothlorien. Et lui, pourquoi tardait-il en chemin ? Saelion ferma les yeux. La réponse faisait route vers Bree, où elle arriverait sans doute le lendemain dans la matinée au quartier général de la Compagnie du Roseau Blanc sous forme d’un pli adressé à la Capitaine de Baranduin.


Citation

Hauts du Nord, Pont-à-Tréteaux


Capitaine de Baranduin,

Il y a de cela quelques mois je quittais Edhellond, loin au sud sur les côtes de Belegaer. Je devais initialement rejoindre Mithlond et embarquer comme beaucoup des miens sur un navire en partance vers l’Ouest. Long fut mon périple car nombreuses mes distractions en route. Je sais à présent quelle était la raison profonde de ces errances qui m’amenait à rester toujours plus longtemps sur la Terre du Milieu : mon destin n’y est pas encore achevé. Les Elfes y sont plus soumis que vous autres Humains : votre histoire est bien courte mais il vous appartient de l’écrire. La mienne, pour son dernier chapitre, semble devoir s’inscrire dans celle de votre Compagnie. C’est ce qu’a vu une Elfe que mon peuple tient en haute estime pour sa sagesse, sa force et sa clairvoyance. Elle m’a fait don du roseau que j’ai joint à ce pli, et je suis longtemps resté dans l’expectative quand au sens et à la valeur de ce cadeau. Il m’aura fallu attendre de vous rencontrer pour en saisir la portée : je suis amené à devenir ce roseau.

La première fois que nous nous sommes rencontrés vous m’avez demandé si je savais me battre et si je répondrais à votre appel. J’ai combattu en des temps reculés où les Elfes étaient nombreux et puissants. J’ai à nouveau combattu lors de batailles dont se souviennent encore les légendes humaines. J’ai combattu encore contre les ennemis de la lignée du Prince que je servais au sud. A chaque fois la peur a étreint mon cœur. Je ne suis pas de ces vaillants héros qui hurlent en chargeant, ou qui se félicitent d’un glorieux affrontement. Je ne me dresse pas fièrement sur les champs de bataille, et à tout prendre je préfèrerais ne jamais devoir sortir mon épée de son fourreau. Si je pouvais me contenter de jouer de la musique, de conter des histoires et de bénéficier de galantes compagnies, je serais satisfait de ce que la vie me donne. Pour me contenter de cela il me suffirait de partir sur un navire de Mithlond…mais je crois qu’avant d’agir ainsi il appartient à mon peuple de vous léguer un bien précieux : l’espoir. C’est pour assurer cet héritage que, lorsque je sentirai la peur m’étreindre à nouveau au cœur de la bataille, je ne la laisserai pas me broyer…je plie mais ne romps pas.
Si vous le permettez, je me tiendrai donc à vos côtés. Et cela répond à votre seconde question.

Il me reste cependant une dernière chose à faire avant de vous rejoindre. Des souvenirs et des objets que j’ai laissés derrière moi en pensant ne plus en avoir besoin et qu’il me faut récupérer à présent.

Saelion

 
 
Le Sinda rouvrit les yeux. En écrivant cette lettre il s’était laissé porter. Puisqu’il n’avait pas à se soucier de son histoire, autant la suivre avec nonchalance. Vers quelle fin s’acheminait-elle ? Il n’en avait pas la moindre idée. Des plaines de Gorgoroth s’élevaient une clameur et une fumée qui avançaient vers les blanches murailles de Minas Tirith. Des profondeurs de la forêt entourant Dol Guldur émanaient des bruissements et des murmures qui longtemps s’étaient tus. Du nord de l’Eriador descendait une menace qui s’amplifiait en rassemblant les troupes éparses, profitant de la faiblesse et de la division des Humains. Où se nichait l’espoir dans tout cela ? Saelion ne l’avait pas écrit à Eleane, mais il doutait qu’il y en ait jamais eu un : quelle que soit la fin de l’histoire elle marquerait un achèvement. Quant au destin du Sinda…s’il ne devait pas y avoir de dernier navire, la Compagnie du Roseau Blanc serait son chant du cygne.

[HRP - CREDITS
- musique : Randy Edelman - Main Theme (O.S.T. Dernier des Mohicans)
- image : SDAO]

Dernière modification par Saelion (2/09/2007 02:08)



Meluinen - 3018 (3A)

Les notes de plusieurs instruments s'envolaient dans l'air nocturne, allant se déposer sur l'horizon mordoré où elles s'évanouissaient. Des lumières s'étaient glissées au creux de la nuit, éclairant l'ancien refuge de Meluinen où s'était arrêtée une Compagnie Errante. Un groupe de musiciens venait de succéder à un conteur qui avait narré une histoire issue du Second Age. Des contes, de la musique et des lampions...les Elfes ne paraissaient pas craindre les créatures qui rôdaient dans les bois alentours et dans la Lande du Roi. Le clapotis de l'eau et la brume évanescente les tenaient en un écrin protecteur.

Dans le petit pavillon qui faisait jadis partie d'un ensemble de bâtiments, Saelion descendit de la balustrade où il se laissait aller à quelques rêveries. Il s'approcha de Gildor qui venait d'entrer. Le chef de la Compagnie Errante entama le dialogue :
« - Heureuse rencontre, Hîr Saelion. Il se murmurait que vous étiez parti pour l'Ouest mais j'en doutais, car sinon la Dame m'aurait confié une course vaine.
- L'Ouest attendra encore un temps. La Dame avait deviné cela avant moi, ou l'avait-elle simplement discerné.
- Elle a fait parvenir certaines de vos affaires à Imladris. »
Gildor fit signe à deux membres de son groupe qui déposèrent sur la table plusieurs objets protégés par des tissus épais.
Saelion les déballa, son visage ne trahissant aucune émotion tandis qu’il restait immobile et silencieux en les observant. C'est Gildor qui reprit la parole, accompagnant de ses mots les gestes de Saelion.

« - Edwenlind, le second chant. Le son cristallin qui fend l’air lorsque la corde du luth et la voix du barde se sont tues. La légende dit que la lame a été forgée par Celebrimbor lui-même, alors que le Seigneur des Dons avait révélé sa vraie nature et marchait sur Ost-in-Edhil. Mais ceux qui se souviennent de ce temps disent qu'elle a été forgée par un seigneur orfèvre, et que son nom fait aussi allusion à une lame identique qui fut perdue au Beleriand. Il est dit que nul arme ne peut la briser.
- Qui peut détruire un souvenir perdu ?"




"- Le bouclier quant à lui est plus ancien, forgé par les artisans nains de Nogrod à qui Thingol avait commandé un arsenal pour le royaume de Doriath. L’écu fut fait spécialement pour ta soeur, et frappé de l'emblème de votre famille : cerf d’argent sur fond d'azur. Du destin de celle qui le portait l'histoire ne dit rien.
- Là où naissent les nuages..."
Saelion esquissa un sourire, saisissant le bouclier et observant le cerf d'argent sans dire un mot. Gildor ne posa pas de questions, conscient qu'il n'obtiendrait pas de réponse claire.
" - La Dame t’as fait aussi parvenir ton sceau, le nécessaire à écriture que tu utilisais quand tu prenais encore la plume ainsi que cette bague, Haradrîn. Je n’avais pas connaissance de cet artefact, et nul à Imladris n’a pu ou voulu me dire de quoi il en retournait. Le Souvenir du Sud…à moins que ce ne soit la Couronne du Sud ?
- Cela n’a plus d’importance à présent. C’est un souvenir qui est aussi destiné à disparaître."




Quelques jours plus tard, une missive arrivait au quartier général du Roseau Blanc


Citation

Capitaine de Baranduin,

Je vous ai écris il y a peu pour vous indiquer qu’il me fallait recouvrir certains souvenirs et objets avant de vous rejoindre. La clairvoyance d’une dame elfe a fait en sorte qu’au moment où je vous indiquais devoir accomplir cela, ces objets étaient déjà en route vers l’Eriador. Quant aux souvenirs ils ne m’ont jamais quitté. Il n’y a plus lieu d’errer sans but à présent : je me mets en route pour les quartiers de votre Compagnie mettre mes talents au service du Roseau.

Saelion

 





[HRP - CREDITS
- musique : Johann Pachelbel - Canon and Gigue for 3 violins & continuo in D major
- images : Jason Engle, (?)]

Dernière modification par Saelion (1/01/2008 01:27)



Ost-in-Edhil, 1697 (2A)

« Deux jours de marche. Cinq s’il se met à neiger. »
L’éclaireur avait fait son rapport quelques heures plus tôt. Le Seigneur des Dons avait accéléré la cadence : aucune place forte d’importance ne se dressait sur sa route et il fondait sur Ost-in-Edhil à une vitesse que seules la rage et la colère autorisaient. Ainsi que l’assurance d’une victoire facile et inévitable.
« 8 000 hommes environ, mais d’autres les rejoignent chaque jour. »
Jamais l’Eregion n’avait vu pareille armée fouler son sol, et la première qui le faisait venait pour réduire le pays à néant.

Au moment où l’Anneau Unique fut forgé dans la Montagne du Destin, Celebrimbor avait réalisé la véritable nature du Seigneur des Dons et refermé les portes des forges du Gwaith-i-Mirdain. L’armée en marche avait été levée autant pour éliminer les arrogants Noldor que pour récupérer ce qui se cachait derrière ces portes.
« - Nous n’avons pas de nouvelles de la messagère envoyée auprès de Gil-Galad. Et les Nains n’ont pas répondu à notre appel.
- Le Haut-Roi a trop longtemps vécu dans l’indolence des Sindar, il n’y a rien à attendre de secourable dans ses actes. Quand bien même déciderait-il de nous venir en aide qu’il n’enverrait qu’un inconséquent subalterne. Quant aux Nains, qu’ils se terrent ! C’est sans importance, nous ferons seuls regretter à nos assaillants d’avoir tenté de prendre notre cité.
- Votre majesté…si grande est notre valeur elle ne suffira pas, pas cette fois.
- Sottises ! Peu m’importe que nous mourrions ou vainquions, jamais nous ne battrons en retraite, jamais nous ne tournerons le dos, jamais nous ne mettrons genou à terre. Si l’ennemi doit vaincre, ce ne sera pas parce que nous lui aurons laissé la victoire. Ost-in-Edhil continuera à se dresser fièrement ou disparaîtra. Le médiocre de l’entre-deux n’est pas acceptable. Voilà notre valeur. Sonnez le rassemblement…à partir de cet instant il n’y aura pas de repos hors la mort ou la victoire.
»



Ost-in-Edhil, 3018 (3A)

Saelion s’était finalement rendu à Merethlin. Il s’était retrouvé démuni face à l’étendue d’eau, ne sachant ni quoi faire ni quoi dire. Il était resté ainsi silencieux et immobile un long moment, tandis que des images et des visages issus du temps jadis s’étaient lentement formés et succédés dans son esprit sans ordre. Influence des lieux environnants, c’était finalement les souvenirs issus de son passage en Eregion à l’époque du Gwaith-i-Mirdain qui s’étaient imposés à sa mémoire. La magnificence d’Ost-in-Edhil du temps de sa gloire, nef de pierre amarrée sur le fleuve.
Dans ce qui fut la plus fascinante des cités elfes à l’est de l’Ered Luin se côtoyaient les fiers et talentueux artisans elfes rassemblés au sein du Peuple des Forgerons de Joyaux dirigé par Celebrimbor, des Sindar et des Nodor regroupés sous la sage gouverne de Galadriel et Celeborn, ainsi que des représentants nains envoyés par la cité souterraine de Khazad-dûm.
Forgerons nains et elfes rivalisaient d’adresse et les connaissances et la maîtrise des artisans de l’Eregion n’avaient pas d’équivalent. Annatar avait alors frappé à la porte de la citadelle, qui avait accueilli à bras ouvert ce Maia d’Aulë. Sous l’enseignement de ce dernier, Ost-in-Edhil avait atteint son apogée.



Ost-in-Edhil, 1697 (2A)

L’armée était arrivée dans l’après-midi du deuxième jour. Tandis que le crépuscule s’effaçait d’innombrables feux de camp maintenaient les alentours de la ville dans une lumière tremblotante. Des flambeaux tout aussi nombreux répondaient avec arrogance du haut des remparts de la citadelle et il n’était pas rare qu’un orque s’avance sur une monture pour narguer les défenseurs de ses cris guerriers. La réponse ne tardait pas, tantôt sous la forme d’invectives narquoises tantôt sous la forme d’une flèche tirée avec précision. Le jeu dura plusieurs heures avant qu’un brouhaha suivi d’une grande agitation dans les campements indiquent que quelque chose d’inhabituel se préparait.

Et bientôt ce fut la silhouette du Seigneur des Dons qui se détacha, avançant sans crainte vers la porte d’Ost-in-Edhil. Cette fois nulle flèche ne vola vers lui, et seul Celebrimbor se dressait fièrement sur les remparts, insensible à la peur que le chef ennemi, dépourvu de ses oripeaux plaisants, ne manquait pas de distiller autour de lui. C’est d’une voix forte et claire, que tous purent saisir sans effort, qu’il s’adressa au maître du Gwaith-i-Mirdain :
« - Celebrimbor, il est encore temps de me rejoindre. Toi et les tiens seront épargnés, et ensemble nous bâtirons un royaume inégalé, nous forgerons des artefacts à nul autre pareil…nul ne contestera notre autorité qui s’étendra sur toute la Terre du Milieu. Il ne peut y avoir d’autre mesure à la grandeur des Noldor. Rouvre les portes de la ville et de ses forges, travaillons à nouveau de concert pour forger une œuvre et un dessein qui éclipseront ceux de ton aïeul lui-même ! Regarde ce qui a déjà été accompli, et cela n’est qu’un début…rouvre les portes !
- Il est bien dans ta nature de venir quémander ce que tes talents ne t’octroient pas. Crois-tu que la gloire des Noldor a besoin de tes services ? Cette cité a été bâtie sans ton concours, comme toutes les œuvres issues de nos forges. Tu fais référence à Fëanor…n’a-t-il pas claqué la porte au nez de Morgoth venu comme toi quémander son concours et son œuvre ? Aurais-je pour seul héritage d’accorder au vermisseau ce qui fut refusé au serpent ? Retourne à l’ombre.
- Fëanor est mort, ainsi que tous ceux de la lignée de Finwë. Souhaites-tu subir le même sort ? Il est bien futile et dérisoire de claquer la porte à un ennemi qui d’un geste peut détruire la maison…n’auras-tu hérité de ton lignage que l’orgueil et la bêtise ? Suis ce chemin et l’histoire ne retiendra de toi que l’image d’un être imbu de lui-même. Un être qui n’a su saisir l’opportunité d’embrasser un destin immense et a au contraire mené tout son peuple à la ruine et à la mort. Rouvre les portes, ou il ne restera de cette cité que quelques pierres recouvertes de végétation. Rouvre les portes, ou il ne restera nul souvenir du talent du Gwaith-i-Mirdain dans les siècles à venir. Rouvre les portes !
- Retourne à l’ombre ! Tes dons n’ont plus cours ici, je connais ta nature et le sombre dessein que tu poursuis. Quant à l’histoire, peu m’importe qu’elle me désigne comme obtus et orgueilleux…elle retiendra aussi que jamais je n’ai courbé l’échine, que j’ai ris au nez du serviteur comme mon ancêtre a rit au nez du maître. Retourne à l’ombre ! C’est toi qui n’a rien retenu : jamais la porte ne fut ouverte, et pourtant tu reviens t’y présenter. Mais il ne sera pas dit que je suis un ingrat, voilà pour ta peine. Retourne à l’ombre !
»
Celebrimbor marqua la fin de sa diatribe en lançant une petite bourse aux pieds du Seigneur des Dons. Un orque se précipita pour la ramasser et tendit son contenu : une lettre de recommandation et l’équivalent du dédommagement usuellement consenti pour un ouvrier ordinaire en cas de renvoi.







Ost-in-Edhil, 3018 (3A)

Le cheval renâcla. Il s’était arrêté, attendant les directives de son maître parti dans une de ses nombreuses rêveries. La monture n’y était pas habitué et coupait son allure dès que les rênes se relâchaient. Saelion finit par réaliser qu’il s’était arrêté et maugréa. Son cheval habituel aurait continué sa route en devinant où il devait se rendre, au contraire de celui-ci qui avait besoin d’indications régulières. Il soupira, se demandant où pouvait bien traîner à cette heure l’inconnue qu’il avait croisée non loin dans les ruines de Tharbad bien des semaines plus tôt. L’Elfe avait bien retrouvé sa trace dans les environs de Bree, où elle semblait séjourner, mais pour la perdre aussitôt. Pied de nez du destin, il avait cru comprendre que l’inconnue faisait également partie du Roseau Blanc…il ne l’avait cependant pas croisée à ce jour.

Un hennissement tira Saelion de ses réflexions. Un peu plus loin sur la gauche, près du cours d’eau. Lorsqu’il s’approcha, l’Elfe eut la surprise de découvrir sa monture fétiche vaquant dans l’herbe haute et, non loin, l’inconnue allongée sur le dos, pieds nus, les bras en croix paumes tournées contre la terre comme si elles y puisaient des flux invisibles. Les yeux fermés, elle paraissait dormir, sa poitrine se soulevant régulièrement avec amplitude. Saelion en déduisit qu’elle humait l’air plus qu’elle ne respirait. Il sourit de la circonstance, descendit de sa monture et s’approcha lentement de son précédent cheval, l’inspectant rapidement. L’animal avait l’air en bonne santé, mais ne refuserait sans doute pas d’être soigneusement brossé et nettoyé. L’Elfe flatta l’encolure de l’équidé qui lui fit bon accueil, puis il s’approcha de l’Humaine qui n’avait ni bougé ni ouvert les yeux. Elle était plus maigre que la dernière fois, et son état général ainsi que celui de ses vêtements, poussiéreux et déchirés par endroits, laissaient présager d’un long périple qui n’avait été épargné ni par les dangers ni par la faim.
« - Je vous invite à manger ? A moins que vous ne goûtiez pas le lapin et les lembas…
- J’ai affronté toute une troupe d’orcs !
»
La femme s’était levée d’un bond, se mettant à courir en mimant une charge, sauter, esquiver, tournoyer, grimper sur un rocher pour aussitôt le dévaler, feignant un combat épique par force moulinets désordonnés. Pour finalement se laisser tomber à nouveau dans l’herbe en riant.
« - Vous n’avez toujours rien à boire ?
- J’imagine que vous ne faisiez pas allusion à de l’eau.
- Tant pis, va pour le repas…j’ai faim ! »
La femme se redressa pour se mettre en tailleur, regardant Saelion en attendant visiblement qu’il produise sur l’instant les mets dont il avait fait mention. Elle fit la moue lorsqu’elle comprit qu’il lui faudrait attendre que le tout soit prêt avant de pouvoir contenter ses papilles.



Ost-in-Edhil, 1697 (2A)

« - Où est Celebrimbor ?
- A la poupe !
»
Les assaillants s’étaient finalement glissés dans la citadelle au bout de deux semaines, remontant par le port dont les protections avaient fini par céder. De là les orcs s’étaient répandus dans le centre de la cité désormais coupée en deux. A la proue de la forteresse bâtie à l’image d’un immense vaisseau de pierre, une partie des défenseurs s’étaient regroupés sur la terrasse accueillant les bâtiments administratifs et l’ancienne demeure de Galadriel et Celeborn. Bien que disposant de fortifications intérieures, le lieu serait sans doute rapidement tombé si l’essentiel des assaillants n’avait pas été dirigé vers l’objectif principal du Seigneur des Dons : les forges. C’est là que se tenait Celebrimbor, entouré des membres du Gwaith-i-Mirdain qui avait survécu à la première vague. Des Noldor pour l’essentiel, devinant qu’ils s’apprêtaient à livrer leur dernière bataille. L’assaut pourtant ne vint pas, les assaillants restant à distance respectueuse. Les rangs se scindèrent même un court instant, laissant avancer le Seigneur des Dons. Celebrimbor et lui se toisèrent une nouvelle fois, face à face.
« - Il est encore temps, Celebrimbor. Donne-moi ce que je suis venu chercher, et toi et les tiens serez libres. Joins-toi à moi et les Noldor régneront sur la Terre du Milieu, comme cela aurait dû être.
- Foutaises…la main que tu tends ne sait qu’asservir. Ost-in-Edhil sombrera ce jour, et pourtant tu as encore échoué : les Noldor demeurent loin de tes chaînes. Et ce que tu convoites t’échappe. Tu ne sais que détruire, ainsi rien ne peut t’appartenir. Contemple ton échec, Annatar.
- Qu’il en soit ainsi, arrogant petit Noldo. Je saurai bien te faire dire où se trouve ce que je cherche, et tu regretteras de n’avoir pas écouté mes paroles quand les lames de la torture viendront remplacer la persuasion des mots. L’œuvre du Gwaith-i-Mirdain servira à asservir les tiens, ainsi en as-tu décidé. Contemple ta déchéance, Celebrimbor.
»
Un Elfe se précipita et porta un coup d’épée avec vitesse et dextérité, mais le Seigneur des Dons se fendit avec agilité et l’attaquant s‘effondra. Au même instant de multiples cris résonnèrent parmi les assaillants qui fondirent vers l’entrée des forges. La déferlante fut stoppée par les Noldor dans un fracas mêlant hurlements et choc des armes. Au milieu de la mêlée indistincte Annatar et Celebrimbor croisèrent le fer avec rage et détermination.




Ost-in-Edhil, 3018 (3A)

Le feu crépitait joyeusement à l’abri du vent dans une cavité rocheuse. Le repas était achevé et les vêtements de Lihene séchaient : l’Elfe avait envoyé la femme se décrasser dans la rivière, lui signifiant sans ménagement qu’elle empestait. Lihene – il avait appris son nom entre-temps – s’était exécutée sans récriminer, riant toujours, chantonnant parfois. Saelion l’avait laissée dans l’eau, en profitant pour apprêter le lapin et rafraîchir les vêtements que l’Humaine avait négligemment abandonnés. S’inquiétant de ne pas la voir revenir, il était parti la chercher et l’avait trouvée toujours fichée dans la rivière, discutant à voix basse l’air grave avec ce que Saelion avait supposé être un poisson. A présent elle dormait repue, pelotonnée dans une couverture près du feu. Le Sinda n’était pas certain qu’elle avait bien compris la teneur de leur discussion, qui impliquait qu’il récupérerait son cheval dès que tous deux seraient arrivés à Bree. Il haussa les épaules, se recula pour caler son dos contre un rocher, récupéra un fusain et esquissa quelques traits. Le dessin prit lentement forme : sur le parchemin dormait une femme aux traits apaisés avec au loin la silhouette d’une nef de pierre en proie aux flammes.



[HRP - CREDITS
- musique : Craig Armstrong - Hanging
- images : Thomasz Jedruzek, Felix Sotomayor, Christophe Vacher]

Dernière modification par Saelion (1/01/2008 02:01)




Fils de Sagesse, à quoi rêves-tu ?

Bree, 3018 3A

« - Vous m'avez un jour parlé de cette personne. Que vous ne l'aviez pas vue depuis bien des siècles et que vous vous demandiez ce qu'elle était devenue.
- J'ai connu bien des gens dont je ne connais pas le destin. Cela n'a rien de singulier, Elfe ou Humain. Est-ce pour cela que vous m'avez mandé ?
»
Saelion observa l'homme d'un air grave. L'Elfe n'avait que peu de goût pour la gestion de son argent et de ses biens, et l'homme se chargeait de ces contingences matérielles avec discrétion et efficacité. Il sortait rarement de ses locaux, et encore plus rarement de Bree. On racontait qu'il avait été soldat en un temps lointain, et que sa carrière avait été stoppée par une mauvaise blessure à la jambe. De tout cela le Sinda ne savait départager le vrai du faux, si ce n'est que l'homme claudiquait et gardait une cicatrice à sa jambe droite. Et qu'il était encore bien jeune pour avoir un passé aussi fourni que celui d'un vétéran.



« - Vous ne souhaitez pas la revoir, alors ?
- Si sa route croise à nouveau la mienne j'en serai ravi. Mais je ne ferai pas de détour particulier pour que cela se produise.
- Décidément je ne vous comprendrai jamais.
»
Saelion esquissa un rapide et discret sourire. Lui non plus ne comprendrai jamais cet homme qui régentait jusqu'aux plus insignifiants détails de sa vie. Chaque chose à sa place, ordonnée. Chaque mot pesé, réfléchi. Chaque action considérée, encadrée. L'homme faisait inhabituellement usage de détours verbaux pour en venir à ce qui lui importait à cet instant. L'affaire devait être d'importance.

« - Vous avez été messager.
- Plusieurs fois, en plusieurs périodes et circonstances. C'est le fil directeur de mon existence, s'il fallait en trouver un. Vous avez un message à me confier ?
- En quelque sorte.
»
L'Elfe et l'Humain se dévisagèrent longuement en silence. Saelion en avait la conviction à présent : l'affaire était d'importance et allait entraîner certains changements dans sa vie présente. Le Sinda repensa à la fantasque Lihene partie voir la mer, à la capitaine De Baranduin enfin revenue de Dale, à Galadas et Fëadin qui s'en étaient allés de concert à Vert-Bois-le-Grand, aux joyeux Hobbits et aussi aux deux Rohirrim qui devaient en ce moment sceller leurs liens familiaux...

En souvenir de Doriath.

L'Elfe fit tourner inconsciemment son anneau. Haradrîn...la Dame avait-elle aussi vu cela ?



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Saelion ferma les yeux.

Vinyalondë...modeste port fondé par Tar-Aldarion et simplement destiné à concentrer l'approvisionnement de stères de bois pour la fabrication de navires. Puis Ost-in-Edhil était tombée et les armées de Sauron s'étaient mises à parcourir l'Eriador. En ces temps troublés il n'était guère aisé de se déplacer en toute sûreté entre les derniers refuges elfes et les avant-postes numénoréens. L'entente et la concertation entre les Hommes et les Elfes formaient cependant un point crucial pour contrecarrer les plans du Maia déchu, et nécessitaient le recours à des messagers de confiance et d'expérience. La bannière du cerf d'argent sur fond d'azur avait été rappelée. Elle ne s'était plus dressée depuis la chute de Menegroth et le seul message qui n'avait pas été transmis à temps par le cerf d'argent.

Vinyalondë était devenu Lond Daer Enedh, le Grand Port du Milieu. Le lien entre les Hommes et les Elfes, site symbolique placé à égale distance de Gil-Galad installé à Mithlond et d'Elendil basé à Pelargir. Le cerf d'argent l'avait choisi comme ville d'attache, tandis que ses messagers sillonnaient la Terre du Milieu. Par la suite la Dernière Alliance s'était finalement formée et avait mis un terme à la menace de Sauron. Les messagers s'étaient alors dispersés, seuls quelques uns d'entre eux conservant leur fonction à l'occasion.



La bannière du cerf d'argent, quant à elle, avait quitté Lond Daer et bien peu étaient ceux qui savait où elle s'en était allée. Les siècles s'étaient écoulés. Aujourd'hui de noirs nuages s'amoncelaient au sud dans la plaine de Gorgoroth, une sombre menace s'étendait à l'est autour de Dol Guldur tandis qu'au nord une rumeur sourde descendait de Carn Dûm.

Et, quelque part dans les environs de Bree, un Elfe tenait un paquet que lui avait remis quelques heures plus tôt l'homme à qui il avait laissé le soin de gérer ses affaires. Un paquet en provenance d'Imladris. Un paquet contenant la bannière d'un cerf d'argent sur fond d'azur.

Une lettre était en route à destination d'Eleane de Baranduin pour l'avertir.

Roseau, je ne sais pas ce qu'il en est de l'avenir...mais pour l'heure c'est ici et maintenant que se séparent nos chemins.




FIN de la PREMIERE PARTIE


[HRP - CREDITS
- musique : ?, Long Journey (2046 O.S.T.)
- images : SDAO, sauf la carte (?)]

[HRP : hop ! Deux musiques rajoutées ainsi qu'une vingtaine d'images et captures, quelques fautes corrigées et un texte complètement réécrit (celui où Gildor remet ses objets à Saelion au refuge de Meluinen)

- suite : la Renaissance des Messagers
- préquelle (Premier Age) : Là où naissent les nuages...]



Sujet verrouilé.